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Eléments sur son éducation mystique .


Anal bay ata ( pacte entre le maître et le talibé)
Il est régi par deux principes : d’une part, l’engagement du maître à conduire le "talibé" sur le droit chemin ; ce qui suppose pour lui , d’assurer son "talibé" sur le droit chemin ; ce qui suppose pour lui d’assurer à son "talibé", une ascension spirituelle ; autrement dit, l’engagement du "talibé" à se soumettre totalement à son maître . Les soufis s’inspirent là de ce verset coranique . « Ceux qui (le Prophète) prêtent un serment d’allégeance le prêtent plutôt à Dieu. La main de Dieu est au-dessus de leurs mains ».


Cheikh Oumar Ndiaye , guide religieux à Kaolack, enseigne ainsi ce pacte en résumant l’œuvre de Cheikh Ahmadou Bamba en trois mots : Maha, Mada, lâ ilâha ill’Allah . Le Mada correspond au deuxième principe cité ci-dessus, le Maha au premier principe et leur somme (Maha+Mada) donne Mouhammad (PSL) qui s’ajoute à lâ ilâha ill’Allah . Autrement –dit, dans ce monde, il n y a que Dieu et son Envoyé (PSL).


Ce geste rituel peut être scellé d’abord par une confiance qu’inspire le maître susceptible de guider le talibé vers Dieu ; ensuite par un sentiment d’amour que l’on peut du coup nourrir vis-à-vis  du maître ou par une reconnaissance de ce dernier sur des services qu’il aurait rendus ; enfin, par pourparler entre la personne qui désire s’approcher de Dieu avec le Saint homme qui accepterait de l’y conduire .
Cet acte peut se traduire la transmission, par le maître, d’un Wird ou de quelques noms divins à utiliser selon une formule recommandée . Le pacte ainsi scellé implique, pour le talibé, un passage par trois étapes :


1-‘Alal irshâdi : c’est la livraison du Wird au "talibé", une manière de l’éduquer. Au cours de cette éducation, le maître lui recommande de se conformer à toutes les recommandations de Dieu ; ainsi le "talibé" n’aura aucun problème pour franchir le pont sirât qui conduit au paradis.
Pour celler davantage ledit pacte, doivent etre instaurés entre le "talibé" et le maître des contacts assez fréquents ou Ziyâra (visites religieuses) ; le "talibé" lui donnant des adiyas en retour des bénédictions du maître .
Toujours dans cette étape, il est loisible au "talibé" de faire, indépendamment des pratiques obligatoires, des pratiques méritoires telles que les prières et jeûnes surérogatoires et de s’isoler, par moments, pour louer le Seigneur.
Ces étapes de faits constituent les préalables à l’ascension du "talibé" et à son accés aux deuxième et troisième étapes ci-après .


2-Awalou Tarbiyatou : c’est une éducation qui a pour objet de fortifier la soumission du "talibé" envers Dieu. Elle peut être assuré de plusieurs manières : dhikr, mortification, travail etc.
Le talibé doit aussi être intégre et craindre son Seigneur. Il doit, dans le cas, se débarrassant impérativement de ces défauts ou vices ; orgueil, jalousie, divertissement, nervosité, rancœur, avarice et autres, et se forger ces vertus : humilité, pureté, déférence vis-à-vis du maître, convenance, en d’autres termes, à toutes les recommandations de Dieu.


Au disciple imbus de ces vertus, il est promis ces récompenses : le statut, le Housnâ (séjour au paradis) et le Ziyâda (bénéficier de la récompense suprême qui consiste à l’accès à Dieu).
Pour se confirmer dans cette foi, le "talibé" peut demander à son maître quelques noms divins à réciter périodiquement.


3-Awalou tarqiyatou : cette étape correspond à l’élévation spirituelle du "talibé" qui est  en contact permanent avec la réalité divine.
Il convient de noter que conformément au niveau d’éducation, le maître peut conférer au talibé le titre de Cheikh .
Cette consécration se divise généralement en trois catégories :


Cheikh en raison des services rendus à son maître. Au-delà de la reconnaissance du maître, il ya celle de Dieu.


Cheikh pour le wird ou makhadam : ici le talibé est autorisé à recevoir des néophytes et à leur conférer l’initiation de base.


Cheikh Tarqiya : il est investi, d’un rôle de conducteur d’âme.
Outre son aspect et extérieur (Zahîr), le terme Cheikh, en se référant aux différentes lettres arabes qui le composent, signifie:


Alif : entente avec les gens
Lâm :compassion, tendresse, générosité , envers les autres ,
Shîne : glorifier le Seigneur à tout moment,
 : ne faire que de bons actes et les recommandera autrui,
Khâ : craindre Dieu


2-2 Les itinéraires spirituels :
Le grand Cheikh dit à ce propos qu’il n’ya nul doute qu’un serviteur de Dieu qui se conforme aux piliers fondamentaux de l’Islam ira au paradis. Cette récompense n’implique pas néanmoins, de sa part, l’accès à l’Unité divine. Seul un maître confirmé peut lui assurer ce privilège en guidant son âme par diverses étapes : les stations ou itinéraires spirituels.
Le Grand Cheikh en a fait deux traités. Les 7 puis les 70 itinéraires . Faisons connaissance avec les 7 que d’autres éminents maîtres ont également traités.


1-Nafsoul amâra : ici l’âme du talibé, qualifiée de bestiale, n’aspire qu’aux mauvais actes et s’expose aux rues de Satan. L’impureté de l’âme en est le corollaire . Cet état d’âme empêche l’ascension spirituelle . Le prophète (PSL) ne disait-il pas que le plus pénible des jihâd était le Jihâdoul nafsi ?


-Le maître doit recommander à son talibé l’invocation , le matin comme le soir de : Astakhfiroulâh (j’implore le pardon de Dieu) pour le sortir de cette situation .
Il est même conseillé, dans ce cas, de faire cette invocation en lieu et place de la lecture du coran dont le mérite est pourtant incommensurable en tant que parole divine .


2-Nafstoul lawâma : le talibé est ici au stade dit moùmine (croyant) et son âme, en état de conscience, aspire aux bons actes.
Il arrive même que l’âme se fasse des reproches dès qu’elle péche, ainsi qu’il est dit dans ce verset coranique « Non ? J’en jure par l’âme qui blâme. » Cependant, malgré cette ascension , l’âme est prédisposée à certaines passions . Elle est alors par moments, en balance entre la sharia (loi divine) et la haqiqa (vérité ou réalité divine). Pour qu’elle poursuive son ascension, le grand maître recommande au "talibé" la récitation de la Shahâda notamment pendant les périodes où il est animé de mauvaises intentions .


Le Grand Cheikh précise à ce propos que quand on récite la Shahâda 1000 fois au moment du coucher, la passe la nuit dans les cieux. Si on le fait dans les mêmes conditions à l’aube, l’âme se réveille en face de Dieu ; et si c’est dans l’après-midi, elle se trouve à l’endroit sublime(malakoùt)


3-Nafsoul moulhama : arrivé à ce stade , l’âme ,en  état d’inspiration n’est exposée qu’aux petits péchés. Alors « elle inspire aux "talibés" son libertinage ou sa pieté  » .Mais si « l’âme est purifiée elle sera heureuse ». Le Zikr alors recommandé par le maître est le suivant : Yâ allahou, yâ houwa (invocations sublimes du Seigneur). Ainsi l’âme baigne dans les secrets divins . Et le "talibé" n’est plus qu’à un palier de la sainteté.


4-Nafsoul moutma’innatou : Quand l’âme  en est à ce point, (le réconfort), le talibé frappe à la porte des saints. Il doit par conséquent renoncer à tous les péchés ainsi « l’âme est apaisée » . Le nom Allahou doit être dans ce cas, invoqué très souvent par le "talibé".


5-Nafsou radiyâ : le talibé par le truchement de ce Zikr est élevé au rang des Saints. Et « l’âme retourne vers son Seigneur, satisfaite » . Dans ces conditions, le "talibé" doit renoncer à toutes les attractions de ce monde et s’abandonnait à la volonté de Dieu. Il ne s’adonne désormais qu’aux Zikr intérieurs (du cœur). Il est effectivement dit dans le coran : « invoquez Dieu humblement, et intérieurement ». Cette invocation entraine le talibé dans un état de ravissement , de possession de l’âme par Dieu. Chaque fois qu’il invoque le Seigneur une fois , cette invocation , par Dieu correspond à une multitude d’invocations.


Pour se faire une idée du caractère sublime de ces itinéraires,  il convient de préciser qu’entre le premier et le cinquième l’âme demeure pendant son ascension, entre le Charia et la Tariqa . Bien que satisfaite, ainsi qu’il est dit ci-dessus, elle n’est pas encore agréée. Autrement dit le "talibé" se doit d’œuvrer davantage dans la voie divine.


6-Nafsoul mardiya ou sadiq : cette persévérance dans la voie divine permettra au "talibé" de dépasser la Sharia et la Tariqa pour accéder à la réalité ou vérité divine (mardiya ou sadikh). A cette étape également appelé haqiqa, « l’âme est agréée » parce que pure et parfaite . Cet agrément se traduit chez le "talibé" par une extase dès qu’il invoque le Seigneur. Ces pensées sont mues par la présence de Dieu. Il est , en d’autres termes, très proche de Dieu et Dieu est très proche de lui. Les soufis l’interprètent à la lumière de ce verset coranique : « Nous avons ce que son âme lui suggèrent car nous sommes plus proches de lui que sa veine jugulaire» .

 
7-Nafsou kâmil : à ce stade l’âme en est la plénitude divine. Celui qui y accède est appelé « Maître des maîtres ». Par conséquent, il est habilité à assurer la formation spirituelle d’autres gens qu’il guident dans la voie permettant de ce conformer au verset ci-dessus (L, 16) ; adorer Dieu à tout moment constitue sa seule préoccupation . Tous ses organes ne vivent que pour Dieu . Arrivé à ce stade, l’on est investi d’un pouvoir spirituel différemment appelé : qûtbâniya ou pôle du temps , ami de Mouhammad (PSL) ‘ubûdiyya ou serviteur exceptionnel de Dieu .


Toutes ces péripéties supposent, de la part du maître, la maîtrise du bâtin. Indépendamment de ces sept itinéraires , Cheikh Saad Bouh a mis en évidence le pouvoir de Hawsou qu’il caractérise ainsi : il est, de son vivant, unique dans l’univers, il est commun à toutes les créatures. Naturellement  effacé, il n’est pratiquement pas connu des gens.
Sa volonté est celle de Dieu et il est le successeur spirituel de Mouhammad (PSL) par qui transitent toutes les décisions divines.
Ghazali dit à ce propos que le véritable guide de l’Islam est un Imâm, même s’il reste « caché » et vit dans la clandestinité. Il est infaillible et impeccable .
Ce pouvoir suprême n’est effectivement dévolu qu’à un chérif qui en assume ainsi la fonction . Cependant, un homme de Dieu très distingué peut en bénéficier mais sur titre .


Il est reproduit ci-après le schémas de la hiérarchie décrivant les étapes déterminantes par lesquelles transitent les décisions émanant du Très-Haut ; les différents élus ne bénéficient  de ces privilèges que de leur vivant. Ils sont en conséquence remplacés dès qu’ils rendent l’âme .


Hawsou : il est le chef du « gouvernement » ;


Wakil : il est unique dans son époque et il détient tout ce qui se rapporte au Zahîr (l’apparent) et au bâtin (caché) ;


Imâmâni : ils sont au nombre de 2 ; l’un détenant le Zahîr, l’autre le bâtin ;


Lawtaab : au nombre de 4, ils se répartissent les quatre points cardinaux ;


Labdaar : ils sont au nombre de 7 dont les 4 sont du rite
Ces itinéraires pouvant assurément faire l’objet d’un ouvrage , je n’ai aucunement la prétention de les détailler ici . Aussi n’en donnerai-je qu’un aperçu.
Ainsi qu’il a été dit dans les 7 itinéraires, et précisément au niveau du septième (plénitude de l’âme), le pôle de l’époque en constitue la sommité de l’ascension pour accéder auprès de ceux qui sont déjà couronnés .
En voici, schématiquement, la chronologie ; l’accès à ces 70 itinéraires est tout d’abord subordonné à 7 conditions.


1-Jouir de la considération de Dieu, Dieu portant son choix sur qui il veut ;


2- Etre intègre ;


3-S’abonner à la dévotion tout en se regardant d’adjoindre à Dieu nul associé ;


4-S’évertuer à approfondir son savoir. Ainsi, il faut connaître les obligations divines et les traditions de Mouhammed (PSL) (Sounna) ;


5- Faire abstraction de tous les désirs de ce monde ;


6-S’accommoder des recommandations de Mouhammad (PSL) ;


7-Se placer sous la bannière spirituelle d’un Grand Maître qui a accédé à la plénitude divine (Kamâl).

Chacune de ces 7 conditions dispose de trois ramifications. Illustrons, à titre d’exemple, la première condition dont les ramifications sont les suivantes :


-s’adonner exclusivement à la dévotion ;


-avoir l’amour pour les hommes de Dieu qu’il est recommandé de fréquenter et d’avoir confiance en eux, notamment dans le savoir.


-et enfin , observer les recommandations de ces hommes de Dieu.


Cependant, dans la poursuite de la décentralisation des choses, on notera l’existence de sous ramification issues chacune des ramifications précitées. Et le processus  continue dans la même proportion de multiplication par trois.


L’accès aux 70 itinéraires est assujetti au passage par plusieurs « échelons » caractérisés par des conditions (7 et 3) que le disciple engagé se doit de remplir . Il n’est pas mon propos de les détailler ici.
Il est donc clair que l’itinéraire spirituel a essentiellement comme base les trois piliers de la région : l’
Islam (la soumission), l’Iman (Foi) , et l’Iksan (comportement parfait). Et pour peu qu’on soit initié au soufisme , l’on s’aura que c’est l’Iksan qui favorise l’ascension spirituelle. Dans cette ascension, le disciple en arrivera au point qui lui seront visualisés l’âme des élus de Dieu. C’est pour cette raison que les Grands Saints se connaissent mutuellement excepté le Hawsou

-celle des prophètes dans leur portrait sublime et celles des anges.
A ce stade de l’ascension, le disciple peut, par le biais du Grand Maître, accéder à un degré spirituel plus élevé : celui réservé aux élus de Dieu . Ce qui explique le fait que certains maîtres confirmés vont à la recherche de cette catégorie rare de maîtres exceptionnels ou Grands Maîtres pour accéder à ce ce rang où le disciple reflète la lumière divine. Cheikh Saad Bouh précise à ce propos, qu’il en était arrivé à un degré  d’ascension au point que Dieu lui a accordé le privilège de disposer à volonté des deux mondes : ici-bas et l’au-delà. Il a décliné cette offre car, explique-t-il, en acceptant les avantages proposés, il n’aurait pas atteint son unique objectif : jouir davantage de la connaissance de Dieu.
Ainsi Cheikh Saad Bouh dit qu’il a été élevé au rang de Serviteur sublime de Dieu.


Il importe de souligner qu’en cours d’ascension vers ce stade spirituel, beaucoup d’élus de Dieu ont eu à s’arrêter au
makhâmou Ibâdatou (bénéfice des bienfaits dans ce monde et dans l’au-delà).


Cheikh Saad Bouh précise en outre que, lorsqu’un disciple accède à ce degré de spiritualité , il doit se conformer à une certaine observance et cela, à titre de rappel seulement. Car, c’est là une attitude qu’on doit observer au départ .


L’étendue et la transcendance des 70 itinéraires ne me permettent pas d’en dire davantage. Les exemples que j’en ai donné plus haut, peuvent suffire
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