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Séparation

Quand Cheikh Mouhammad Fadel Ould Mamin eut l’intention de se séparer de son fils Cheikh Saad Bouh, celui-ci le sachant, se proposa d’entreprendre un voyage à travers les provinces du Hod aux fins de rendre visite à ses frères et cousins qui n’habitaient plus le campement paternel.


Au cours de son périple, Cheikh Saad Bouh fut frappé par le mode de vie que menait son frère Cheikh Taqi Allah, sixième fils de son père.
En effet, la vie de Cheikh Taqi Allah était essentiellement marquée par l’errance dans le désert qu’il aimait tant, avec sa famille et son cheval légendaire qu’il n’a quitté que pour rendre l’âme en 1894 dans le Hod. Il lui arrivait  même des moments où, avec sa famille, il mangeait le sable en guise de repas. Dès qu’il  vit Cheikh Saad Bouh, il l’appela le Cheikh des Ntaaba qui constitue une tribu maure vivant au Sud Ouest de la République Islamique de Mauritanie,  à l’endroit compris entre l’océan, le fleuve Sénégal et le marigot des maringouins. Et quand le jeune frère transmit à l’ainé les salutations de leur père, ce dernier répliqua en récitant « la foi pure », qu’il n’a ni père ni mère. Cette attitude peut s’exprimer ainsi : « Quand Dieu se révèle à son serviteur par le nom Allah, l’âme du serviteur s’éteint, et Dieu se met à sa place, purifiant son temple des entraves de l’éphéméride et rompant le lien qui le relie aux existences ; alors il est seul par son essence et seul par ses qualités, ne connaissant ni père, ni mère » .Cette situation en décrit en état d’extase.


Revenons à la séparation elle-même. Cheikh Saad Bouh avait environ quinze ans lorsque son père l’appela pour lui annoncer leur séparation fatidique. Il lui signifia alors qu’il  était le maitre des Ntaaba et qu’en conséquence il devait, en quittant le Hod, côtoyer l’Océan Atlantique jusqu’à l’Ouest : l’endroit où se couche le soleil.
Il lui précisa en outre que, compte tenu des maléfices qui sévissent dans cette zone, il devait inviter cette population à le suivre vers l’Est de la zone, dans le terroir d’Iguidi, à un endroit qui lui sera indiqué par un passant.


En l’orientant vers l’Ouest du Hod, Cheikh Mouhammad Fadel Ould Mamin savait que la mission de son fils ne serait pas facile, cette zone géographique étant pourvue d’éminents guides religieux.
Ce fut un instant effectivement émouvant pour le jeune Cheikh Saad Bouh qui, face à la solitude dont il allait être l’objet, accéda au makhamat Souli (degré spirituel correspondant à la soumission totale à Dieu). En effet, Cheikh Saad Bouh se sentant coupé de son père et du prophète (PSL) qui constituait ses uniques supports, s’appuya pour affronter toutes les épreuves qui allaient se dresser sur son chemin.


Cet isolement dont il était l’objet signifiait essentiellement la capacité qui le caractérisait sur le plan spirituel. C’est pour cette raison qu’il dit qu’il a été élevé, à une dignité dont la plupart des saints ne jouissent qu’à quarante ans.


Ainsi il quitta à dos de chameau, le cœur gros, la région qui l’a vu naitre. Il était alors en compagnie de ses sœurs Souadou et Nafissatou et de ses talibés Mouhammad Lamine Ould Issa et Mouhamdi Cheikh. Et comme documentation, son père  ne lui laissa que deux livrets sur les noms de Dieu. => Suite

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